26/10/2003

Henin reste à l'aube de sa carrière

CLASSEMENT LA NOUVELLE Nº 1 MONDIALE N’AURA AUCUN MAL à GARDER SA MOTIVATION INTACTE
Article du Soir du 20 octobre 2003
 
Photo AFP
La nouvelle reine du tennis féminin a dépensé beaucoup d’énergie pour réaliser ses rêves. Mais à 21 ans, elle a d’autres nombreux défis à relever.

PAOLO LEONARDI Une omelette accompagnée de quelques pommes rissolées, sans oublier un coca. Le tout avalé, dimanche soir, dans un restaurant planté quelque part en Alsace : « L’Auberge des Cigognes ». En constatant la composition du menu censé fêter son accession à la première place mondiale, absorbé sur la route du retour en voiture de Zurich, on comprend que Justine Henin ne sera jamais une fille comme les autres. Simplicité reste le mot d’ordre pour la nouvelle reine du tennis international. Une nouvelle reine dont on sait que le règne ne durera qu’une semaine puisque lundi, Kim Clijsters reprendra possession de son bien et ce, quel que soit son parcours cette semaine à Luxembourg. Ce passage de témoin résume bien la bagarre qui fait rage au sommet d’une hiérarchie qui vient de connaître sa troisième nº 1 mondiale en dix mois. Il est bon de rappeler ici que le classement WTA est basé sur les résultats enregistrés durant les 52 dernières semaines et qu’un autre système de classement est en application. Intitulé « Race to the Championships » (la course au Championnat, entendez le Masters), ce dernier sert à déterminer les huit joueuses invitées à disputer le grand rassemblement de fin d’année. Plus simple à comprendre parce que démarrant au 1er janvier, il est le fidèle reflet de la saison en cours. Nulle surprise, dans ces conditions, de le retrouver dominé par Justine Henin, laquelle a profité de sa victoire en Suisse pour conforter sa place de leader. Avec 6.418 points, elle y devance Kim Clijsters (6.136), Notons que ses deux victoires en Grand Chelem, à Roland Garros et à l’US Open, lui ont rapporté à elles seules quelque 1.500 points. Suivent Serena Williams (3.916), Lindsay Davenport (2.990), Jennifer Capriati (2.471), Amélie Mauresmo (2.440), Elena Dementieva (2.324) et Venus Williams (2.211), qui occupe la huitième et dernière place qualificative pour le rendez-vous de Los Angeles. Depuis le forfait de Serena Williams, la neuvième classée, soit Anastasia Myskina (2.172), est la mieux placée pour être « mastérisée », mais Chanda Rubin (1.991) n’a pas dit son dernier mot. Luxembourg et Linz cette semaine, et Philadelphie et Québec la semaine prochaine, livreront les derniers verdicts. A force de réaliser ses plus grands objectifs (des victoires en Grand Chelem et la place de no 1), on peut se demander si l’Ardennaise n’est pas en train de se brûler les ailes trop tôt. Quelques jours avant sa victoire à New York, Carlos Rodriguez expliquait qu’il valait mieux que sa joueuse ne devienne pas no 1 cette année parce qu’il ne l’estimait pas prête pour assumer un rôle qui demande une énergie folle tant sur les courts qu’en dehors de ceux-ci. Car le dossard de leader collé dans le dos d’une joueuse est pareil au poisson d’avril : il se remarque par tous et partout. Face à des joueuses prêtes à tout pour la faire tomber de son piédestal, la no 1 voit ses responsabilités accrues. Et une fois l’arène désertée, elle devient inévitablement la porte-parole du tennis féminin auprès du public et des sponsors. Mieux vaut alors tourner sept fois sa langue en bouche avant de se prononcer. Mais l’entraîneur voulait surtout parler du danger que représente l’accession au nirvana sur le plan mental. Aussi courageuse soit-elle, Justine Henin allait-elle avoir la force suffisante pour remettre son ouvrage sur le métier ? Allait-elle réussir à se tailler d’autres objectifs, le carburant qui permet au moteur de tout champion de tourner ? A Zurich, Carlos Rodriguez semblait plus rassuré. Le propre d’une championne est d’en vouloir toujours plus, fit-il savoir. Justine travaille à fond et réclame toujours un supplément de travail. Elle possède une capacité à encaisser un énorme volume d’entraînement. Cela peut faire mal, elle peut pleurer mais elle continue… Une chose rassurera les sympathisants de la championne. Parce que l’accouchement de la première place mondiale s’est enfin produit, Henin ne vivra plus dans le stress de cette perspective, une situation difficile à gérer qui lui fut fatale à Filderstadt. Le fait d’avoir réalisé un rêve d’enfant, lorsque je commençais à jouer au tennis, ne changera pas ma mentalité et mon caractère, a fait savoir Henin. Tout cela va me motiver encore plus pour atteindre d’autres buts, essayer de remporter d’autres tournois du Grand Chelem, garder cette place le plus longtemps possible. A 21 ans, et même si elle avoue une fatigue en cette fin de saison chargée, la nouvelle no 1 est loin de présenter un corps usé. Sa jeunesse et le fait que son métier est sa véritable passion sont d’autres atouts. Quant aux objectifs, enfin, on signalera qu’ils restent… très nombreux. Très vite, il y aura par exemple ce Masters à remporter, une couronne prestigieuse qui avait permis à Clijsters de faire son « coming out » international il y a douze mois. Il y aura ensuite, juste après le sapin de Noël et les cotillons de la Saint-Sylvestre, l’Open d’Australie, premier des quatre Grands Chelems qui sied merveilleusement à son jeu. Roland Garros, Wimbledon et l’US Open seront à chaque fois d’autres moments cruciaux de sa carrière où il lui sera facile de se refaire une virginité en matière de motivation. Enfin, le retour en activité la saison prochaine des sœurs Williams, qui manquent, pourquoi le nier ?, cruellement au tennis féminin, permettra à Justine Henin de repousser plus loin ses limites pour prouver au monde entier qu’elle est bien cette fille unique dans son genre, capable d’ingurgiter une omelette et des pommes rissolées les soirs de gala.

13:55 Écrit par Nathalie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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